Son sac en coton balloté sur son épaule, Youna avançait à la faveur de la nuit, sa lanterne à la main. La flamme vacillante baladait un faisceau de faible diamètre, idéal pour repérer où poser les pieds sans trop attirer l’attention.
Youna savait où elle emmenait Lana : peut-être vers une mort certaine. Les deux femmes approchaient de la Forêt Profonde, non attribué, car nul n’en connaissait véritablement la superficie. Elle séparait Vhaly de Latan et débouchait sur le mont des évadés d’Ihkr. Au cœur de ces arbres, de ces kilomètres et kilomètres carrés de nature luxuriante, les Noon avaient établi leurs campements. Pas de quartier général, juste des points de repli stratégique qui changeaient de place au moins une fois par semaine. Aux dernières nouvelles, en tout cas, et celles-ci remontaient à quatre ans.
Rien ne prédisposait Youna à posséder ce genre d’informations, mais son demi-frère et ses loyaux parlaient si fort au cours de leurs réunions, qu’elle ne fournissait aucun effort pour obtenir ces renseignements.
Au loin résonnaient les sons propres à une attaque: cris, pleurs, supplications vaines nouèrent l’estomac vide de l’ancienne danseuse. Mieux valait ne pas traîner dans le coin. Les Noon risquaient de débarquer incessamment sous peu.
La main crispée sur celle, froide, de Lana, elle s’apprêtait à franchir l’orée du bois quand une branche craqua dans leur dos. Youna s’immobilisa, le temps se suspendit dans l’air. Les rebelles approchaient et les encercleraient bientôt. Elle pivota sur ses talons. Lentement. Elle pouvait essayer de lancer sa lanterne sur la personne qui se tenait derrière. Avec un peu de chance, elle s’embraserait vite.
Dans son mouvement de demi-tour, Youna leva le bras et lâcha sa anse. La lampe vola à la tête d’un homme aux longues tresses noires.
Un Noon, réalisa-t-elle, affolée.
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