Huit heures arriva :
– Levez-vous les garçons, nous allons vous inscrire au tournoi avant qu’il n’y ait plus de place ! Ce serait dommage d’avoir fait tout ce voyage pour rien, non ?
Julius se leva et s’habilla. Il prit, dans le vieux sac rouge qu’il avait emmené pour le voyage, une veste bleue et un pantalon en cuir. Après s’être habillé, il alla voir Baster qui dormait encore :
– Baster, réveille-toi ! On va partir s’inscrire pour le tournoi !
Il ouvrit les yeux et se leva, ses chevaux tout ébouriffés, puis dit en étirant les bras :
– Aaaah ! Quelle nuit ! J’ai dormis comme un bébé !
– Oui, mais tu m’as l’air encore bien endormi, dit son père. Je croyais que tu n’étais pas fatigué ?
– Oh, c’est bon ! J’ai quand même le droit de dormir ! Et puis on est tellement bien dans ces lits. J’y retournerais bien…
– Comme tu veux, mais pas maintenant, nous partons.
Sur ces mots, Baster se prépara en vitesse, il avait l’air très en forme contrairement à ce que son père lui avait dit. Puis, ils quittèrent l’auberge après avoir pris un petit déjeuner rapidement.
Dehors la ville était déjà en mouvement, des milliers de gens vagabondaient dans tous les sens.
– Je n’ai jamais vu autant de personnes regroupés en un même lieu ! s’exclama Baster en observant attentivement chaque recoin de la grande place.
– C’est la plus grande ville du royaume Baster, et puis c’est la capitale ne l’oublie pas ! C’est normal qu’il y ait autant de monde.
Ils sortirent de la ruelle de l’auberge et arrivèrent directement dans la place centrale de la citadelle. La place centrale de la citadelle avait la forme d’un grand cercle d’une quarantaine de mètres de diamètres, par laquelle s’échappaient une bonne dizaine de ruelles. Les pierres blanches la rendaient incroyablement lumineuse avec le soleil d’aujourd’hui. Ce n’est pas pour rien qu’on l’a surnommé « la citadelle blanche ». Elle était entourée de plusieurs habitations, d’une mairie, de plusieurs restaurants, d’une boulangerie, et d’autres commerces. Au centre de la place se trouvait une grande fontaine de pierre représentant des sirènes et des anges. Une fois rentrée dans cette place on pouvait y sentir les odeurs du marché : les fleurs, les épices, … ainsi que la bonne humeur des gens en ce weekend de fête ; on pouvait également voir des enfants courant dans tous les sens, les passants souriant aux autres, les musiciens chantant et jouant une musique folklorique joyeuse, certaines personnes en train de danser, d’autres en train de jouer, d’autres encore discutaient, d’autres mangeaient et certains se contentaient de se reposer au soleil…
Au bord d’une ruelle se trouvait deux stands, dans lesquelles deux personnes, un homme et une femme, semblaient attendre la venue de gens s’intéressant à ce qu’ils proposaient. Un jeune garçon et son père, qui semblaient riche de par leurs vêtements, venaient d’arriver au stand tenu par l’homme, ils parlèrent, le père du garçon signa un papier et ils partirent.
-Venez les enfants, je pense avoir trouvé le stand des inscriptions pour votre tournoi, dit Maris après avoir observé le stand tenu par l’homme.
Ils se dirigèrent vers le stand.
– Bonjour monsieur, est-ce ici qu’ont lieu les inscriptions pour les tournois de demain ? demanda Mr Rink à l’homme qui tenait le stand.
– Oui, mon brave monsieur, c’est ici ! Mais le tournoi est réservé pour les enfants, vous ne pouvez pas y participer !
– Oui, je sais. Je viens pour inscrire ces deux jeunes garçons, dit-il en signalant Baster et Julius du doigt. Reste-t-il de la place ?
– Ah, d’accord et bien oui, il me reste huit places.
– Seulement ?! demanda Marius visiblement très surpris.
– Oui ! Ce tournoi est une grande réussite ! Celui des filles aussi d’ailleurs. C’est une très bonne idée que la reine au eu la.
– Je vois ça. Et bien soit ! Ils s’inscrivent !
– Puis-je savoir vos noms et prénoms s’il vous plait ? demanda l’homme à Baster et Julius.
Les deux garçons passèrent devant Mr Rink afin de se rapprocher du stand et de procéder à l’inscription.
– Baster Rink, monsieur ! s’exclama Baster.
– D’accord, je note, et toi mon garçon ?
– Julius, monsieur.
– D’accord, et ton nom est … ?
Julius regarda Baster et Marius avec une petite hésitation et dit :
– Rink… mon nom est Rink.
– Bien, vous pouvez signer ici monsieur, s’il vous plait ?
Marius s’avança et signa le papier qui confirme l’inscription des deux garçons au tournoi.
– Merci, et n’oubliez pas, rendez-vous demain matin à 8 heures à la fontaine de la plaine ouest ! Bonne journée !
Ils remercièrent l’homme et quittèrent le stand.
– Alors vous êtes heureux ? demanda le père sachant très bien quelle allé être la réponse de ses deux fils.
– Oh que oui ! Merci encore papa ! On va tout caser !!! hurla Baster en levant les bras et en faisant sourire Julius.
– Et toi Julius tu es content j’espère ?
– Oui ! répondit-il brièvement.
Julius était plus discret que Baster, mais sa joie était tout aussi grande ! Ils étaient parmi les derniers à s’inscrire au tournoi, ils avaient eu de la chance car il ne restait plus beaucoup de places disponibles. Et puis, il venait de réaliser qu’en donnant le nom de « Rink » sur le papier d’inscription qu’il faisait véritablement partie de la famille. Marius l’avait toujours considéré comme son propre fils, et Baster comme son propre frère, ils lui avaient même dit plusieurs fois, mais Julius n’avait vraiment réalisé que c’était le cas. Il savait que ses parents étaient mort, mais après tout, c’est bien Rosmerta et Marius qui l’ont élevé pendant tout ce temps. A l’heure actuelle, c’était sans conteste sa deuxième famille. Et il était vraiment heureux.
– Les enfants, je vais tout de suite partir voter. Je vous laisse la clef de la chambre, je reviendrai surement tard ce soir. Mais surtout ne quittez pas la citadelle ! Je ne veux même pas que vous alliez dans les plaines ! Vous m’avez bien compris ?
Les deux enfants répondirent « Oui » en même temps, Mr Rink leur donna un peu d’argent et la clef de la chambre. Ensuite il quitta la citadelle par la grande porte sud un peu plus loin, laissant les deux jeunes garçons seule dans cette ville énorme.
– Eh bien, nous voilà maintenant inscrit pour le tournoi, dit Baster, tu te sens prêt à y aller ?
– Oui, je suis impatient de commencer, même si j’ai un peu peur, avoua Julius. Mais ça devrait aller !
– Tu as raison ! Mais en attendant allons visiter Doume, ce n’est pas tous les jours qu’on peut aller dans la capitale !
– Et en plus nous sommes plus qu’à deux ! s’emballa Julius.
– Oui ! C’est parti !
Les deux garçons partirent en direction d’une ruelle près des stands d’inscriptions aux tournois. La première qu’ils avaient vue. Elle était très étroite mais étonnamment longue et sinueuse. Les bâtiments qui surplombaient la ruelle étaient collés les uns aux autres et hauts de plusieurs mètres. Par la suite, après cinq bonnes minutes de marches, ils arrivèrent dans une autre place, cette fois-ci beaucoup plus petite que la précédente. Elle était circulaire, avec des pavés, toujours entourées de grands hôtels et habitations, il y avait peu de monde, elle n’était donc pas très attractive.
– Il n’y a rien ici, dit Baster, nous ferions mieux de continuer par là-bas, proposa-t-il en désignant une rue en face de lui.
Les deux garçons prirent une autre rue qui les mena sur un petit marché. Julius et Baster continuaient de se promener dans le marché en regardant dans tous les sens, ils n’avaient jamais vue certains fruits et légumes ou objets et semblaient tout bonnement émerveillés.
– Ça donne envie de manger, dit Baster en désignant un grand étalage de fraises appétissantes.
– Oh oui ! affirma Julius en se léchant les babines. Mais nous n’avons pas assez d’argent, ton père ne nous a donné assez que pour le repas du midi. Economisons et continuons, conseilla-t-il.
– C’est peut être mieux ainsi, sinon nous aurions dévalisé toutes les boutiques ! répondit Baster avec humour.
Ils continuèrent leur petite balade dans la ville, parmi les senteurs, les discussions incessantes et la musique jouées par un autre groupe folklorique, du coin de la rue. Baster et Julius se parlaient toujours :
– J’aimerais bien voir le château de la reine, il paraît qu’il se trouve tout au Nord de la citadelle. Ce serait bête de ne pas le voir…
– Oui, ça doit être magnifique !
– Il doit surement y avoir des plans dans la ville, j’en avait vu un quand nous avions quitté la grande place.
– Il n’y a pas l’air d’en avoir ici… dit Julius déçu en regardant autour de lui. Trouvons en un et allons admirer de plus près ce fameux château.
Les deux garçons partirent à la recherche du château de la reine. Pour trouver leur chemin, ils demandèrent aux habitants de la ville de leur indiquer le bon chemin, ils regardèrent également une carte de la citadelle sur un panneau de bois, pour se repérer. Enfin, après un peu moins d’une heure de marche et de nouvelles découvertes, ils arrivèrent en face du château de a reine.
– Regarde ça Baster, c’est magnifique !
Ils étaient restés bouche baie, debout, sans bouger et silencieux, à la première vue du château. Ils se trouvaient tout au bout de la ville, il n’y avait plus une seule maison, plus une seule personne, plus un seul bruit, juste les pavés blancs de la citadelle, avec derrière eux un immense château blanc également. Une petite place d’à peine quelques mètres permettait au château de ne pas être collé aux dernières habitations. Elle était entièrement vide. Le château surplombait la place sur laquelle il se trouvait. Il était entouré d’une grande grille noire, la porte centrale était gardée par deux soldats. Plusieurs d’entre-deux tournaient fièrement et silencieusement autour du monument. Ce lieu était en contraste total avec le reste de la ville : il était grand, majestueux et terriblement calme. On n’aurait jamais cru qu’un weekend de fête allait commencer. En tout cas pas ici c’est certain !
– J’aimerai tellement que papa voit ça ! dit Baster émerveillé.
Julius ne disait rien, il contemplait l’incroyable structure qui se dressait devant lui. Le château était grand et blanc. De chaque côté, on pouvait apercevoir une grande tour circulaire avec plusieurs dizaines de fenêtres, le drapeau de la famille royale, sur le toit de la tour, dominant l’espace et flottant avec la brise. Au centre se trouvait une grande porte en bois sculpté, au-dessus, mais plus à l’arrière se dressait la plus grande tour du château. Elle faisait plus de 200 mètres, contenait plus d’une centaine de fenêtres et était surplombée du même drapeau que les autres, mais il se voyait à peine. Le château s’étendait sur une surface tellement grande qu’il était impossible de le voir en entier si on ne faisait pas le tour pour en admirer les moindres recoins. C’est ce que décidèrent de faire Julius et Baster s’en hésiter. Ils allaient faire le tour du château pour l’admirer dans tous les sens et tuer le temps, tout en continuant à bavarder de tout et de rien.
Après plus d’une heure de marche et d’admiration, avec quelque pause entre deux pour se reposer, ils ré arrivèrent devant le château et Baster proposa à Julius d’aller manger un morceau sur la grande place de la ville, là où ils avaient quitté Mr Rink. Les restaurants aux abords du château étaient surement beaucoup trop luxueux et donc beaucoup trop chers pour eux. Il était midi et ils partirent de nouveau en direction de la place centrale. Là, ils ne cherchèrent pas longtemps avant de trouver un petit restaurant typique et pas très cher, dans lequel ils se rassasièrent avec un bon repas. Baster, affalé sur une chaise sur la terrasse du restaurant et le ventre bien remplit dit à Julius :
– C’était bien bon, je me suis régalé !
– Oui, moi aussi, répondit Julius. Mais j’ai trop mangé. J’ai été trop gourmand sur ce coup-là, je n’ai plus faim.
– Moi non plus. Que veux-tu faire ensuite ? Je pense qu’on a fait le tour de la ville, il ne reste plus grand chose à faire, quand penses-tu ?
– Je ne sais pas, il reste surement plein de chose à faire mais c’est surement trop cher, ou bien alors nous sommes trop jeunes…
Les deux garçons restèrent plus de quinze minutes assis sur leur chaise sans rien dire. Ils étaient en train de se reposer au soleil tranquillement ou en train de regarder l’activité de la grande place et les premières décorations qui étaient en train d’être déposées. La fête allait être magnifique. Des banderoles et une petite scène étaient en train d’être installées juste devant leurs yeux, en tout cas ceux de Baster, car Julius était tranquillement en train de prendre un bain de soleil, les yeux fermés, affalé sur sa chaise sur la terrasse du restaurant. Il s’endormait presque. D’un coup Baster dit :
– Eh ! J’ai une idée !
– Ah bon, et qu’elle est-elle ? demanda Julius surprit et visiblement perturbé dans son sommeil.
– La tour des géants !
– Et bah quoi la tour des géants ? Qu’est-ce qu’elle a ?
– On a qu’à y aller !
– Mais tu es fou, ton père nous a absolument interdit de quitter la citadelle, et je te rappelle qu’elle se situe sur la colline à côté, dans la plaine Est.
Julius avait toujours eu un grand respect pour le père de Baster et tout ce qu’il avait fait pour lui. Quitter la citadelle, et donc lui désobéir, serait un manque de respect à Monsieur Rink de sa part.
– Justement, elle se situe juste à côté… allez Julius, mon père n’en saura rien. Tu n’as pas peur quand même ?
– Non je n’ai pas peur, mais si ton père…
– Il n’en saura rien, coupa Baster. Allez s’il te plait ! insista son ami.
– Bon, d’accord, c’est vrai que je veux voir ce qu’il y a là-dedans, mais on rentre vite. Je ne veux pas que ton père s’inquiète. Et puis s’il nous voit faire ça, il nous désinscrira du tournoi à coup sûr !
– Fais-moi confiance. Allons-y… dit Baster en se levant.
Il était environ quatre heures de l’après-midi quand ils quittèrent la citadelle par la porte sud, là où ils y sont rentrés pour la première fois. Ils arrivèrent directement dans une gigantesque plaine verte légèrement vallonnées et comportant quelques petites collines ici et là.
– Allons à l’Est de la citadelle Julius, c’est ici qu’elle se trouve, dit Baster en train de courir vers la tour.
– Oui, je sais qu’elle est à l’Est, ce n’est pas difficile de la voir ! Je te rappelle qu’elle mesure plus de 800 mètres de haut, répondit Julius qui courait derrière lui l’air un peu essoufflé, sans doute à cause de la digestion de tout ce qu’il avait avalé pendant le repas du midi.
Ils coururent quelques minutes avant d’arriver devant la tour gigantesque. Elle était si grande qu’on n’en voyait pas le sommet. Elle dépassait les nuages. C’était une grande tour de vielles pierres sombres, contenant plus de milles fenêtres et plus de milles torches allumées l’éclairaient.
– La tour des géants. C’est…
– Grand, acheva Julius avant que Baster puisse finir sa phrase.
– Oui, c’est même immense. On y rentre ?
Julius regarda Baster d’un air surpris et dit :
– Je ne t’ai pas suivi jusque-là pour la regarder de l’extérieur ! Bien sûr qu’on y rentre ! Je veux voir ce qu’il y a à l’intérieur. Allons-y.
Ils poussèrent la grande porte de bois et entrèrent dans la tour…

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