Nos raids le long des côtes Nawelines nous ont rapporté gros. La cale est pleine à ras bord. Certains d’entre nous estiment que le butin devrait dépasser les dix milles Couronnes. Nous nous apprêtions à descendre sur Thalopolis quand des matelots ont commencé à se plaindre de maux de tête et de fièvre. Certains erraient sur le pont, le front luisant de sueur, le regard vague. Le chirurgien de bord a immédiatement ordonné qu’on les mette à l’écart. Mais très vite d’autres se sont découvert les même symptômes ou encore vomissaient, avaient la gueule rouge ainsi que leurs yeux. Eux aussi rejoignirent les premiers malades. J’ai ordonné qu’on fasse halte sur la première plage déserte venue.

Journal de bord du Déraisonné
Cap. Mac Logan

Le toubib nous a confié au capitaine et à moi qu’il craignait le typhus. Il veut pas que le reste de l’équipage panique. On a largué les malades dehors, sous une tente. Bellick dit qu’il peut les soigner. Moi, j’ai entendu dire qu’on pouvait en crever de cette merde, mais c’est lui le médecin. Je pensais que ça pourrait pas être pire jusqu’à ce que le capitaine se mette lui aussi à gerber et à avoir des montées de fièvre. Il avais tout le temps soif et réussissait pas à quitter son lit. Avec le toubib, on l’a laissé dans sa cabine qu’on a fermé pour pas que l’équipage le voit.

Bellick fait la gueule. Apparemment, le capitaine a commencé à délirer ce matin et sa fièvre continue de monter. Comme si ça suffisait pas y a du sang qui lui sort du nez en plus. Ça pue. Il arrive plus à manger sans dégobiller après. Les autres aussi sont mal. Seul Kay qu’était moins atteint que les autres s’en est remis. Le doc lui a dit de rester encore un peu à l’écart – autant des malades que des autres – pour pas rechopper la crève ou la refiler. Je l’ai vu. À part qu’il est fatigué, ça va. J’espère que les autres suivront son exemple. J’aime pas voir le capitaine comme ça. S’il claque, je sais pas ce qu’on deviendra.

Journal de bord du Déraisonné
Sec. Mac Alistair
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Chapitre X : Le Début du Voyage

Il s’était remis à neiger. Le vent demeurait léger, mais glacial. Les flocons les plus gros que Balram n’avait jamais vu tombaient et s’accrochaient, collants, au sol. Ils se mêlaient à ses cheveux les rendant humides et lourds. Le paysage semblaient disparaître sous leurs yeux, tant le rideau de neige s’intensifiait. Seules les chaleureuses lumières des fenêtres des isbas ressortaient dans ce décor blanc et gris. Les deux voyageurs firent quelques pas dans le village, cherchant un endroit où s’abriter. À peine avaient-ils posé le pied au sol que le Continent des Glaces les punissaient, comme s’il voulait les chasser. Balram n’était pas un homme chanceux de nature, mais si les éléments luttaient également contre lui la poisse devenait acharnement.

Les maisonnées étaient toutes aussi semblables que différentes de part leurs tailles et couleurs. Mais aucune ne sortait du lot et toutes devaient être des habitations privées. Pas de bar ni d’auberge. Ou alors bien cachés. Où pourrait-ils se réfugier ? Plus résistant au froid, Lorcas s’enfonça dans le village. Balram ne pouvait plus. Chaque partie de son corps le tirait, le brûlait. Il avait entendu dire que les pieds et les mains devenaient bleus ou noirs quand ils gelaient. Il ne tenait pas particulièrement à vérifier cette rumeur par lui-même. Il arrivait à peine à plier les doigts. Comment des gens parvenaient-ils à vivre – survivre ! – dans un tel endroit ? Il craignait les températures à l’intérieur des terres qui devaient être encore plus basses. Entre deux nuées de flocons, il crut apercevoir la silhouette de Lorcas. De loin, ce patelin ne leur avait pas semblé bien grand, mais les maisons étaient écartées des unes des autres, le rendant assez étendu. Il ferma les yeux en se demandant vaguement si ses cils risquaient de geler l’empêchant de les rouvrir. Ce fut finalement la main de Lorcas qui le sortit de sa rêverie.

« Y a pas d’auberge, annonça t-il.

– Évidemment, il a fallu qu’on tombe sur un patelin paumé, soupira le pirate en claquant des dents. Où est-ce qu’on va s’abriter ou trouver des renseignements maintenant ? »

Vu le temps, il y avait peu de chance pour que les villageois sortent se promener.

« On peut demander l’asile chez un habitant, proposa le garçon.

– Tout le monde n’est pas comme ton père à laisser des inconnus rentrer chez eux.

– Vous avez une autre idée ? »

Agacé et n’ayant rien à répondre, Balram détourna la tête. La moue butée, Lorcas lui tourna le dos et retourna vers le village. La neige lui arrivait presque aux genoux et il devait lever exagérément les jambes pour marcher. Cela le ralentissait autant qu’il l’épuisait. Il finit par s’arrêter devant une isba de taille moyenne à la toiture et aux volets verts. Il toqua, le bruit en partie étouffé par son épaisse moufle. Il ne put s’empêcher de jeter un œil de côté vers Balram qui secouait la tête, dubitatif. Des pas lents et feutrés résonnèrent dans la maison et une femme rondelette aux longs cheveux gris ouvrit la porte. Elle paraissait minuscule sous ses longs châles chatoyants. Ses petits yeux clairs et tombants s’écarquillèrent de surprise quand elle vit le garçon tremblotant sur son porche. Elle parla aussitôt dans un débit rapide. Lorcas déglutit. Il avait complètement oublié que les birenziens ne parlaient pas coerlège. Bien sûr, il n’avait rencontré que des marchands qui balbutiaient dans sa langue ou communiquaient dans celle de la Fédération. Lui ne comprenait pas un mot de cette langue rude aux r roulés et gutturaux. La vieille dame n’avait pas cessé de déblatérer en faisant des grands gestes. Elle finit par se taire en saisissant que son interlocuteur ne la comprenait pas. Pensive, elle l’examina un instant. Son regard sembla fondre quand elle remarqua les traits enfantins du jeune soldat. Elle s’effaça et lui fit signe de rentrer.

Lorcas n’en revenait pas que ce fut aussi facile – malgré la barrière de la langue. D’un geste timide, il montra Balram recroquevillé dans sa cape aussi immobile que s’il était congelé. Avec un tendre sourire édenté, la mamie birenzienne accepta sa présence en acquiesçant du chef. Le garçon appela à renfort de cris et de gestes larges son compagnon de voyage. Lentement et avec difficultés, Balram le rejoignit. Alors qu’ils allaient entrer, leur hôte leva soudain le bras, leur barrant la route. Interloqués, ils se regardèrent avant de reporter leur attention sur elle. Elle pointa du doigt les armes de Balram avant de désigner un coffre. Le pirate comprit vite qu’elle voulait qu’il se débarrasse de son carquois et de ses poignards saïs à l’intérieur. Il eut beaucoup de réticence à s’en séparer. Il détestait être désarmé, surtout dans un lieu inconnu. Mais la douce chaleur de l’intérieur de l’isba l’appelait. De plus, bien qu’elle ne lui arrivait qu’à la poitrine, la menue femme dégageait une aura d’autorité que Balram n’avait pas envie de contrarier. Après tout, il fallait être aussi résistant physiquement que mentalement pour survivre à Birenze. Il se dévêtit donc de ses armes et les confia à la petite vielle. Avec un sourire, elle les invita à entrer. De son petit pas sautillant, elle rejoignit le coffre où elle laissa tomber les armes avant de le fermer à double tour. La clé, elle la glissa dans une poche de son tablier dissimulé sous ses châles.

La porte d’entrée donnait directement sur la pièce principale. Une grosse cheminée servait autant de chauffage que de coin cuisine. D’ailleurs, une grosse marmite barbotait dans le feu et exaltait un délicat fumet. Aussitôt, les deux hommes en eurent l’eau à la bouche. Le reste de la salle était occupé par une longue table en bois et deux larges fauteuils. Un épais tapis usé aux couleurs vives réchauffait le plancher. Les mus restaient nus, seul le bois coloré en jaune clair l’habillait. Cette passion pour les couleurs tape à l’œil devait être une spécificité du pays. Une petite porte en bois coloré façonné en dentelle se cachait à côté de la cheminée et devait donner sur le reste de la maison. L’endroit était chaleureux et simple. On devait s’y sentir vite chez soi. Le petite vieille saisit ses invités surprises par les poignets et les traîna vers les fauteuils. Toujours avec ce sourire doux et désarçonnant. Jamais Balram n’avait rencontré autant de personnes accueillantes en si peu de temps. Gaëlig Kerdarec lui avait fait figure d’exception. Soit cette mamie birenzienne en était également soit les gens du nord se plaisaient à amener des inconnus sous leur toit. Peut-être d’anciennes mœurs ou coutumes. Le pirate jeta un œil dehors. La neige se faisait de plus en plus intense. L’air frais parvenait à transpercer la petite fenêtre ouvragée. Ou alors, pour survivre en ces lieues désolés fallait-il faire preuve de solidarité. Balram se fit la réflexion que lui n’aurait pas survécu quelques semaines dans un tel endroit.

Recroquevillé dans le fauteuil, il profitait de la chaleur du foyer tout en se frictionnant. Lorcas frissonnait moins. Après une vague hésitation, il avait enlevé son manteau et ses moufles. Il garda encore deux minutes son écharpe avant de s’en débarrasser, les joues rouges. Le pirate l’observait. Il souffrait nettement mois du froid que lui. Même si Birenze se montrait plus froid que ses îles, il savait faire face au vent et à la neige. Balram avait vécu principalement au sud, il supportait très mal les températures basses. Allait-il pouvoir survivre à l’hiver birenzien ? Cette incertitude lui noua la gorge.

Une petite main chaude et ridée s’empara soudain de ses doigts douloureux et glacés. Il sursauta et eut le réflexe de se dégager. Il se reprit quand il croisa le regard doux de son hôtesse. Celle-ci n’avait pas pris offense du mouvement de recul du jeune homme. Elle lui fit signe de se lever et de la suivre. Le pirate s’exécuta. Elle lui fit traverser la pièce jusqu’à la petite porte. Balram n’était pas grand, mais il dut tout de même se baisser pour la passer dans se cogner. Un couloir tout en bois s’ouvrit à lui. La vieille femme montra une nouvelle porte au fond. Il l’ouvrit et découvrit avec plaisir un bain chaud directement dans le plancher. Il entendit la cloison se fermer derrière lui. Les vapeurs quittaient le bassin et plongeaient la pièce dans une semi-obscurité délicieusement étouffante. Avec un sourire, il parvint à se débarrasser de sa cape et de son manteau de cuir. Ses mitaines et le reste de ses habits suivirent sur le sol. Il dut s’y reprendre à plusieurs pour pouvoir entrer dans l’eau chaude que sa peau se réchauffe notamment. Une fois à l’intérieur, il lutta pour ne pas s’endormir. Qui aurait cru qu’il y avait des sortes de thermes particulières à Birenze ?

Il sentit un courant d’air dans son dos. Comprenant que quelqu’un pénétrait la pièce, il s’enfonça plus dans l’eau pour se dissimuler, pensant qu’il s’agissait de la mamie. En tournant la tête, il vit que c’était seulement Lorcas. Le garçon eut un arrêt en découvrant l’endroit. Il marmonna un « je comprends ». Leur hôtesse avait dû l’y envoyer aussi finalement. Après trois jours en mer, ils ne devaient pas être nets. Balram se désintéressa de l’adolescent et entreprit de se détacher les cheveux. Avec beaucoup de mal. À croire que le lien avait fusionné dans les mèches. Il s’en arracha quelques unes avant que sa chevelure ne tombe librement sur ses épaules. Elle était aussi emmêlée que sale. Le sel de l’air marin n’avait rien arrangé les rendant secs et rêches. Il plongea la tête sous l’eau. Quand il remonta à la surface, Lorcas était presque presque entièrement immergé.

« C’est chaud ! s’exclama t-il.

– C’est pour cela que de la vapeur se dégage du bassin. Parce que l’eau est chaude, se moqua Balram avec un sourire mielleux. Quand tu seras grand, je te montrerai à quoi ressemble de l’eau très froide. »

Le gamin se contenta de lui tirer la langue. Il s’habitua plus vite que son compagnon à la tempérament du bassin et barbota dedans avec plaisir. En se tortillant, Balram parvint à attraper un morceau de savon. Il ne devait vraiment pas être beau à voir. Il sentait sous ses doigts son visage dévoré par une barbe rêche et poisseuse. En regardant autour de lui, il ne vit pas de rasoir. Il espérait avec des gestes faire comprendre à la vieille qu’il aurait besoin d’une lame. Il doutait fortement que le gosse en ait à la vue de ses joues imberbes. Pour le moment, il se contenta de se savonner.

« Qu’est-ce qu’on va faire après ? demanda soudain Lorcas.

– De quoi tu parles ?

– Bah, demain matin. On se remet en route ?

– Oui, il est inutile de squatter ici indéfiniment, dit Balram en se laissant aller contre le rebord en bois, les yeux clos.

– On va où ?

– Il faut que j’aille à l’est de Drashlendra.

– Et moi ?

– Ne t’inquiète pas, Boucle d’Or, je tiendrai ma promesse, ricana le pirate. Fait suffisamment exceptionnel pour être remarqué. Je t’abandonnerai à Propast. Il devrait y avoir tes potes de l’Armada là-bas. C’est la capitale et Drashlendra fait parti de la Fédération.

– Pourquoi on remonterait jusqu’à Propast ? protesta le gamin, intrigué. Nous sommes à Stalinsky. Il sera probablement plus simple de partir pour Masriva.

– Déjà, parce que je ne veux pas faire de détours pour tes beaux yeux. Et ensuite, parce que Propast est plus proche. Masriva est à l’autre bout du pays. »

Lorcas ne trouva rien à répondre. L’itinéraire était logique en somme. Il se contenta de faire la moue, frustré de ne pas avoir voix au chapitre. Sa grimace s’accentua quand il reçut le savon en plein front. Le sourire satisfait de Balram lui indiqua qu’il ne s’agissait aucunement d’un accident. L’adolescent marmonna à propos d’un bleu qui allait apparaître en cherchant à tâtons le savon dans l’eau. Il dut s’y reprendre à plusieurs fois pour s’en saisir. Il se lava à son tour. De son côté, Balram semblait tenter de démêler ses cheveux. Cependant, quand Lorcas le vit se frotter les joues pour la énième fois, le garçon soupira et se leva. Il attrapa sa veste qui n’était pas très loin du bassin et fouilla dans ses poches intérieures. Il en sortit enfin un petit canif acéré replié. Il le tendit au pirate.

« Rasez-vous, vous ressemblez à un ours. »

La surprise se lut sur le visage de Balram qui dans un geste automatique se saisit de la lame. Il l’observa brièvement avant de la déplier. Elle était suffisamment fine et tranchante pour servir de rasoir. Ou égorger quelqu’un.

« D’où tu sors ça ? questionna t-il sèchement.

– Sinon, vous auriez pu rajouter merci aussi, répliqua le coerlège. Je l’ai eue à l’Armada, quelle question ! C’est une arme d’urgence qu’on doit cacher sur soi en cas de capture ou tout simplement si on a perdu les autres.

– Pendant tout ce temps, tu avais une arme et tu ne t’en ais pas servi ? »

Les yeux marrons de Lorcas s’écarquillèrent et il piqua un fard. Il se renfonça dans l’eau et détourna le regard. Il marmonna quelque chose, mais c’était complètement inaudible. Balram lui somma de répéter. Son sourire narquois annonçait clairement qu’il se doutait du contenu de la phrase qu’il avait lâché entre ses dents. Mais il voulait avoir le plaisir de l’entendre à haute voix.

« Je l’avais oubliée ! » s’écria Lorcas, exaspéré par les taquineries puériles de son compagnon.

Balram éclata de rire. Le visage du garçon était à présent cramoisi. Peu à peu il disparaissait dans l’eau. Seul le haut de son visage était encore visible.

« T’es vraiment un cas, gamin ! »

Lorcas aurait voulu rétorquer qu’il n’était pas un gamin, mais il avait oublié que sa bouche était sous l’eau. Dans sa pauvre tentative de défense, il avala la tasse, manquant de s’étouffer. Ce qui évidemment accentua l’hilarité du pirate. Lui-même finit par tousser.

« Étouffez-vous, ça me fera des vacances ! » clama Lorcas en lui tournant le dos.

Malheureusement pour le plus jeune, il s’en remit rapidement. Le damrique rajouta un peu de savon dans sa barbe et entreprit de se raser. Il n’y avait pas de miroir et il dut se guider au toucher. Il avait l’habitude. De temps à autre, Lorcas daignait lui jeter un coup d’œil et prévenait du coin des lèvres qu’un endroit avait été oublié. Enfin, il rinça son visage irrité. Il se demanda si un jour sa peau cesserait de le brûler après chaque rasage. En levant les yeux, il remarqua que Lorcas le dévisageait bizarrement. Il l’interrogea du regard, agacé d’être l’objet d’un tel examen.

« Vous avez quel âge ? demanda Lorcas comme choqué.

– Qu’est-ce que ça peut te foutre ? répliqua Balram sur la défensive.

– C’est la première fois que je vous vois rasé et vous paraissez plus jeune. »

Balram leva un sourcil. C’était juste cela.

« Tu me donnais quel âge ? J’avais l’air si vieux que ça que tu as l’air de tomber des nues ?

– Heu, non, bredouilla Lorcas en s’intéressant soudain au mur. Disons que je vous aurais donné autour de vingt-huit ou trente ans. Et maintenant…

– Maintenant ?

– Moins de vingt-cinq. Vingt-deux peut-être.

– J’ai presque vingt-six ans puisque tu y tiens.

– C’est quand votre anniversaire ?

– Oh, pitié ! »

Finalement, le blond comprit qu’il devait se taire. Balram en profita pour s’essorer les cheveux. Il était temps de quitter cette pièce. Il devait avoir plus de rides sur les mains que la propriétaire de l’isba en cet instant.

« Oh, vous êtes tatoué ! »

Balram sursauta et prit quelques instants pour réaliser la réflexion de Lorcas. Il avait levé les bras et le gosse avait vu le bracelet qu’il s’était encré dans la peau quand il avait vingt ans. Il roula des yeux et ignora le gamin. Il ne comptait quand même pas commenté chaque partie de son corps ? Il se leva, bien décidé à se sécher et à se rhabiller. En enfilant sa chemise, il jeta un regard noir à Lorcas, le défiant de dire quoi que ce soit. L’adolescent demeura sage et ne lâcha aucun mot sur les marques et le tatouage qui striaient le dos du pirate. Il suivit même l’exemple de son aîné et quitta le bassin.

Réchauffés et propres – ainsi que presque coiffé pour Balram, ils retrouvèrent la vieille dame dans la pièce principale. Elle avait dressé la table pour trois et l’odeur qui s’échappait de la marmite semblait encore plus tentante. Avec de larges gestes des bras, elle leur fit signe de s’asseoir avec toujours ce sourire désarmant. Comment quelqu’un pouvait-il être autant attentionné avec deux étrangers puants et grelottants ramassés dans la rue ? Cela dépassait l’entendement de Balram. Il se demanda vaguement si la vieille n’avait pas pour projet de les vendre à l’Armada ou tout autre armée dans l’espoir de toucher une prime. Il rejeta cette pensée dans un coin de son cerveau. Elle paraissait suffisamment bien lotie et isolée pour ne pas avoir besoin de s’abaisser à de telles combines pour ramasser un peu de sous.

La petite mamie s’éloigna un peu afin de regarder le fond de sa marmite. Certainement pour vérifier que la cuisson était bonne. Même si ça avait été cru ou cramé, Balram l’aurait avalé sans discuter. Il mourrait de faim. Et apparemment, Lorcas était dans le même état que lui. De plus, le garçon ne devait pas avoir l’habitude des dures conditions de vie et jeûnes forcés du pirate. C’était prêt. La vieille remplit un bol et le posa devant Lorcas ensuite un second pour Balram et elle se servit en dernier. C’était une soupe avec quelques bouts de viandes. D’un ton joyeux, la cuisinière lança « Nioût tsarrret ! ». Les deux invités comprirent qu’elle leur souhaitait bon appétit et ils répétèrent comme ils purent la formule. Elle ne prit pas ombrage de leur prononciation déplorable et engagea le dîner avec le sourire. C’était bon, revigorant et surtout chaud. Balram ne reconnut pas la viande, mais détecta les carottes et les poireaux. Plusieurs fois, Lorcas tenta d’instaurer un dialogue avec leur bienfaitrice, mais la barrière de la langue était tenace. Après bien des efforts et de nombreux gestes plus ou moins bizarres, ils finirent par abandonner pour l’un et à rire doucement pour l’autre. Elle leur servit ensuite une tarte qui avait déjà été entamé. Elle l’avait visiblement réchauffée et les voyageurs apprécièrent grandement cette touche sucrée. Pour finir, elle fit de la tisane. L’odeur était acre et le liquide verdâtre n’inspirait pas. Pour ne pas la froisser, ils acceptèrent leur tasse. Le breuvage se montra amer et ils s’empêchèrent de grimacer en voulant l’avaler le plus vite possible. Mais la bougresse le leur avait servi bien chaud. Balram jeta quelques coups d’œil d’espoir autour de lui, cherchant une plante assoiffée qui aurait pu bénéficier de la tisane à sa place. Mais pas l’ombre d’une verdure dans cette maison. Les végétaux pouvaient-ils survivre au climat de Birenze ? Outre les conifères ?

La tisane avalée, Lorcas tenta de faire la vaisselle, mais il fut gentiment chassé par la vieille. La fatigue du voyage pesait sur leurs épaules. Elle dut s’en rendre compte car elle les poussa doucement vers son immense cheminée et leur montra le dessus. Ils n’avaient pas remarqué, mais un lit était aménagé entre le plafond et le montant de l’âtre. Il avait l’air suffisamment large pour eux deux. Une échelle était posée contre le mur non loin pour accéder à cette drôle de mezzanine. Les deux hommes se regardèrent. Devraient-ils dormir au dessus du feu ?

« On va cuire. » murmura Balram.

Lorcas observa plus le montant de la cheminée. Il était très épais et la séparation entre le foyer et le lit devait être suffisant pour que la chaleur soit largement supportable. Le feu d’ailleurs semblait étouffer dans les cendres et la vieille n’avait pas tenté de le rallumer. Elle devait le laisser mourir pour la nuit. Les couvertures étaient poussiéreuses. Le lit ne devait pas avoir été utilisé depuis longtemps. Peut-être que la vieille birenzienne ne pouvait plus monter à l’échelle. Il y avait d’autres pièces dans la maison et elle devait avoir sa chambre de l’autre côté. Il se décida à faire le premier pas et monta les barreaux. Arrivé en haut, ses soupçons étaient confirmés. La couche était abandonnée depuis un bon bout de temps. Il leur faudrait secouer les draps avant de dormir. Mais les couvertures étaient chaudes et épaisses. Il les sentait encore douces bien que décolorées. La délicieuse odeur de la soupe les imprégnait légèrement.

Voyant que Lorcas semblait satisfait de leur lit, Balram se décida enfin à monter sous l’œil bienveillant de leur hôtesse. Il fit les mêmes constations que le jeune soldat. La vieille dame leur fit signe de dormir et souffla les bougies avant de partir par le couloir qu’elle leur avait montré plus tôt dans la soirée. Le pirate et le soldat secouèrent les couvertures en toussant, puis les oreillers et dépoussièrent comme ils purent le matelas. Ils laissèrent choir leurs chaussures sur le sol avant de s’installer. Balram choisit se coucher face au mur tandis que Lorcas se tourna vers la pièce. Les cendres rougeoyaient, éclairant très légèrement la salle dans une teinte chaude. Vraiment cette petite maison se dévoilaient aussi charmante que surprenante.

« Interdiction de me piquer les couvertures, morveux.

– Peur d’attraper froid aux pieds, le vieux ? » répondit Lorcas, taquin.

L’adolescent sentait les commissures de ses lèvres tirer. Il forçait trop sur le sourire. Il décida de l’arrêter. De toute façon, Balram ne pouvait pas le voir dans le noir ; surtout qu’il lui tournait le dos. Pas besoin de faire semblant. Il sentait que le pirate se fermerait à toute confidence par rapport à ce qu’il avait vu quand ils prenaient leur bain. Mais il ne parvenait pas à l’oublier. Depuis que le dos nu du damrique s’était exposé à lui, l’image hantait son esprit. Ces cicatrices. Une dizaines qui zébraient son dos sur toute la largeur. Il ne connaissait pas beaucoup d’objets qui pouvaient infliger de telles plaies. Lui avait-on martyrisé la peau à coups de couteau ? S’était-il pris, enfant, dans des barbelés ? C’est ça, joue l’idiot ! Lorcas grimaça à cette pensée. Il était inutile de se voiler la face et de se faire croire à lui-même qu’il n’avait pas compris comment on blesse un dos ainsi. Le fouet. Il avait reçu des coups de fouet. Une dizaines au moins. Son bourreau n’y était pas allé de main morte. Les cicatrices, anciennes, demeuraient profondes et parfaitement nettes. Elles ne partiraient jamais. Le jeune soldat n’avait jamais vu de fouet, ni ses résultats de sa vie. Mais il ne voyait pas d’autres explications sur les marques que portaient Balram.

« T’as pas bientôt fini de t’agiter ? »

Lorcas sursauta. Il ne s’était rendu compte qu’il avait passé son temps à se tourner et à se retourner tandis que les cicatrices de Balram le tourmentaient. Il se cala mieux contre son oreiller et remonta ses couvertures. Il était épuisé, mais ne parvenait pas à dormir. Trop de choses dans la tête. Cependant, il se refusait à priver son compagnon de sommeil pour autant. Il entendit Balram soupirer d’aise et s’installer plus confortablement à son tour. Le pirate ne tarderait à s’endormir.

« Ça fait mal ? » 

À peine la phrase prononcée, Lorcas s’en mordit les lèvres. Il sentit Balram se crisper. Il resta silencieux.

« Les tatouages ? tenta de se reprendre le garçon. Ça fait mal de s’en faire ? »

Crétin comme si tu n’avais jamais vu de tatouages. Beaucoup d’hommes et de femmes en portaient sur ses îles. Une vieille coutumes qui venaient des clans de Sidhàn. Il était de tradition que les guerriers sidhànéens portent les armes de leur clan sur la peau. Des symboles religieux pour s’attirer la protection des dieux ou simplement un dessin ou un message personnel pour montrer son courage ou marquer un moment particulier de leur vie. Ces habitudes avaient persisté après que les Coerlèges aient fui Sidhàn lors de la Guerre des Boucliers et se poursuivait aujourd’hui. Lorcas, lui-même, avait pour projet de s’en faire un une fois ses classes achevées et qu’il soit devenu un soldat officiel.

« Y a pire, concéda Balram avec mauvaise volonté.

– J’aimerais bien m’en faire…

– Gamin, j’en ai rien à foutre de ta vie. Inutile d’en parler. »

Le message était clair. Je ne me mêle pas de ta vie, alors ne fouille pas dans la mienne. Lorcas soupira dans l’oreiller. Il était plus que temps de dormir.

**

Un frisson le réveilla. L’adolescent se redressa sur un coude, les yeux encore clos. Il tâtonna autour de lui et ne trouva pas la couverture. Cette fois, il ouvrit les yeux. La lumière pâle et grise du matin éclairait suffisamment pour qu’il voit ce qui se passait dans la pièce. En se retournant, il découvrit Balram complètement emmitouflé dans les couvertures. Seul son front dépassait et ses cheveux envahissaient l’espace vital de Lorcas.

« Et après, c’est moi qui ne doit pas piquer les couvertures. » marmonna Lorcas qui était bien réveillé à présent.

Il repoussa les mèches noires de son oreiller et s’étira. Il ignorait quand leur hôtesse se lèverait. Il n’osait pas descendre. Il resta encore quelques temps perché là-haut à attendre que le temps passe. Il estima que cela dura plus d’une heure avant que la petite birenzienne n’apparut. Elle lui adressa un sourire et un joyeux « Zdravsiou ! ». Il en déduit que cela voulait dire bonjour et le répéta. Il sentit que Balram commençait à s’agiter à côté de lui. Les traits froissés par le sommeil et le regard encore vague, la tête du pirate sortit enfin des couvertures. Lorcas le laissa se réveiller à son rythme et descendit habilement par l’échelle. Ils avaient des lits superposés à la base navale, il avait donc l’habitude.

En bas, la petite vieille entreprit de rallumer le feu. Avec des gestes, le coerlège lui fit comprendre de le laisser s’en charger. Elle en profita du coup pour aller farfouiller dans sa cuisine. Elle sortit une multitude d’ingrédients et commença sa tambouille avec enthousiasme. N’était-elle jamais fatiguée ou de mauvaise humeur ? De son côté, Balram prouvait qu’il n’était pas du matin. Il mit du temps avant de parvenir à s’extirper des couvertures et à descendre de son perchoir. Lorcas se demanda s’il n’avait pas quitté le lit uniquement car le feu commençait à trop chauffer. Cependant, il se décida à mettre la table une fois ses cheveux attachés sommairement. Pourquoi s’obstinait-il à garder les cheveux longs s’il détestait autant les avoir dans les yeux ? Encore un mystère à éclaircir.

La douce odeur de la nourriture et du sucré, mêlée à celle du lait envahit progressivement la pièce. La table mise, le feu allumé, il ne restait que la petite birenzienne pour s’agiter alors qu’elle préparait à manger pour visiblement une dizaine de personnes. Voulait-elle les engraisser ? Quand elle parla, ils comprirent sans soucis que la nourriture était prête et ils s’installèrent à table tandis qu’elle déposait les plats devant eux.

Balram parcourra la table généreusement servie d’un œil critique. Les assiettes débordaient de toutes sortes de beignets cuits à l’eau, de céréales bruns, de raisins secs et d’étranges galettes. En observant la birenzienne cuisiner, il l’avait vue y mettre de la confiture ou du fromage blanc dedans. Au moins, c’était sucré. Il ne put s’empêcher de se demander si chaque coin du Golfe d’Urian faisait son propre petit-déjeuner en le voulant le plus différent possible de celui de son voisin. Lorcas était comme le gosse qu’il était. Les yeux brillants, il piochait dans tous les plats bien décidé à tout goûter. Le pirate se contenta d’un peu de céréales et d’un beignet. La matière était molle et il le trouvait trop chargé en confiture. Trop lourd sur l’estomac, mais le goût n’était pas désagréable. Pour accompagner tout cela, ils eurent chacun un grand bol de lait de chèvre.

« Je digère pas le lait, avoua Lorcas, penaud.

– Tant pis pour toi. » déclara Balram en versant le contenu du bol du garçon dans le sien.

Il avala presque d’un trait le liquide. Il était chaud et réconfortant, avec un touche de miel pour adoucir.

Il fut interrompu dans sa dégustation par la vieille qui commença à parler avec de grands gestes. Les joues pleines, Lorcas lui jeta un coup d’œil interrogatif. Croyait-il vraiment que Balram parlait mieux birenzien que lui ? Il ne comprenait pas plus. Mais leur hôtesse était patiente. Elle énonça moins de mots, effectua des gestes plus lents. Le pirate espérait qu’elle ne réclame pas de l’argent pour leur séjour. Il tilta quand elle fit mine de marcher avec ses doigts sur la table. Voulait-elle savoir quand ils partaient ou où ? Ou leur faisait-elle comprendre qu’ils étaient temps pour eux de s’en aller? N’étant pas sûr de la question et ne sachant pas trop comment y répondre, Balram lui donna leur destination. Au moins, elle comprendrait.

« Propast. »

Les yeux de la vieille s’éclairèrent. Elle déblatéra une phrase dont il ne saisit que le nom de la capitale. Elle ne perdit pas pour autant son sourire. Elle se leva et se dirigea vers une petite commode de sa démarche légère et sautillante. Elle en sortit un grand rouleau de parchemin. Elle repoussa les plats vers Lorcas dont les yeux s’écarquillaient de bonheur. Elle déroula son papier et Balram y découvrit avec surprise et joie une carte de Birzenze. Elle semblait assez vieille, mais les villes demeuraient les mêmes. Il déchanta quand il ne reconnut pas l’écriture. Ce devait être celle traditionnelle de Birenze. Le voyant perdu, la vieille dame l’éclaira.

« Prrrropast. » indiqua t-elle en montrant une ville au sud de Drashlendra.

Elle dit quelques mots encore. Elle montra une côte de Stalinsky et remonta en ligne droite vers le nord jusqu’à franchir la frontière et tomber à nouveau sur Propast. Elle leur montrait où ils se trouvaient et le chemin à prendre. Plein nord. Balram avait bien visé pour diriger le bateau. Il observa la carte. Elle ne semblait pas à l’échelle ce qui se montrait problématique pour déterminer le temps du trajet. Il en profita pour regarder avec plus d’exactitude le paysage de Drashlendra. Il semblait assez plat et peu peuplé. Une fois le gamin abandonné à Propast, il devrait mettre le cap vers le sud-est pour atteindre les côtes qui avaient dû voir passer l’Épine Pourpre. Il n’avait pas beaucoup de précision, mais il fut soulagé de voir que la plupart des bords de mer étaient occupés par Stalinsky. Drashlendra ne possédait que l’extrême est de Birenze. Ce qui limitait ses recherches. Par contre, c’était en plein en face de la Mer d’Orient.

« Prrropast ? demanda la mamie.

– Oui, oui, Propast. » trancha Balram.

Elle hocha la tête, signifiant qu’elle avait compris.

Une fois le repas fini, Lorcas parvint ce matin à faire la vaisselle, surveillé par la vieille. Balram rassembla leurs affaires. Il vérifia dehors, à côté du perron, le sac où il avait laissé les poissons qu’ils avaient péché. Heureusement, ils étaient toujours là ainsi que bel et bien gelés. Quand il rentra, la mamie lui tendit une petite clé. Il lui fallut un petit instant pour se rappeler qu’il s’agissait de celle du coffre où elle avait enfermé ses armes. Il l’ouvrit donc et récupéra ses poignards, son carquois et son arc. Quand il les remit à leur place, il se sentait enfin entier et entièrement vêtu. Il était nettement plus à l’aise quand il se savait armé.

Lorcas essayait comme il pouvait de dire au revoir à leur hôtesse et de la remercier pour son hospitalité. La vieille secoua vivement la tête avant de disparaître dans le couloir. Elle revint, enveloppée d’un grand manteau de fourrure avec toque assortie.

« Elle compte tout de même pas venir avec nous à Propast ? » s’interrogea Balram.

Lorcas ne répondit pas, éberlué. Jamais cette pauvre petite mamie ne pourrait supporter un tel voyage et encore moins laissé sa maison et son village derrière. Finalement, il doutait qu’elle veuille les accompagner. Elle n’avait pas un seul bagage. Elle semblait plutôt vouloir leur montrer quelque chose.

« Suivons-la. » décida Lorcas.

Ils enfilèrent leurs bottes, manteaux, capes et gants à leur tour. La petite birenzienne les attendait patiemment sur le pas de la porte. Ils sortirent. La neige avait cessé de tomber et le vent s’était levé. Un épais manteau blanc d’une quinzaine de centimètres d’épaisseur tapissait le sol du village. Le soleil n’éclairait pas beaucoup. Il n’apparaissait qu’à moitié à l’horizon, timide et pâle. La mamie marchait habilement comme si la neige ne la dérangeait pas. Question d’habitude sans doute. Lorcas suivait plus ou moins aisément. Mais Balram se retrouvait considérablement ralenti par la neige compacte. Sans échanger un mot, mais des questions plein la tête, ils traversèrent le petit village. Ils ne croisèrent personne. À croire qu’une fois l’hiver approchant, les Birenziens se refusaient à quitter leur chaude et confortable demeure. Balram les comprenait. À leur place, il en ferait de même.

Ils avaient dépassé les dernières maisonnettes quand ils virent ce qui semblait être un rassemblement. Une vingtaine de personnes étaient réunies. Il y avait des hommes et des femmes ainsi que quelques enfants. Tous chaudement vêtus, ils partageaient en cercle autour d’un feu et d’un chaudron une boisson chaude. Des charrettes couvertes auxquelles étaient attelés de drôles de cerfs aux poils longs les entouraient. Lorcas fut le premier à remarquer qu’il n’y avait pas de roue à leurs carrioles. Mais de longues planches en métal. Cela devait leur permettre de glisser sur la neige.

La petite vieille se faufila avec habilité dans le groupe jusqu’à un grand homme à la silhouette noueuse et aux cheveux gris. Ils s’enlacèrent spontanément quand l’homme sembla reconnaître la femme. Ils parlèrent rapidement dans leur langue. À un moment, elle montra Balram et Lorcas qui étaient restés à l’écart. L’homme finit par se diriger vers eux en réajustant sa cape.

Il avait le visage dur et peu aimable. Mais un sourire édenté les rassura. Ses yeux perçants les détaillèrent rapidement pendant qu’il parlait.

« Ma tante dire à moi que vous allez Propast ? »

Il parlait mal la langue commune et il avait un accent à couper au couteau. Mais au moins ils pourraient se comprendre avec lui.

« Oui, effectivement, répondit Balram, méfiant.

– Vous avoir chance. Nous passer par Propast. Vous vouloir partir avec nous ? Mauvais temps pour voyager. Mais avec caravane bien, plus sûre. Éviter voleurs en été et ours en hiver. Place dans ma charrette. Si vous aider à la vie, vous pouvoir venir. Pas soucis. »

Les deux voyageurs se regardèrent. C’était là une occasion inespérée. Ils voyageraient plus vite, auraient un endroit où dormir. De plus, ils ne risquaient ainsi pas de se perdre en cours de route. D’un seul mouvement, ils acceptèrent.

« Bien. Bon choix. Ma tante contente sera. Avoir peur pour vous. Dangereux voyager seuls à Birenze. Surtout en hiver et quand on connaît pas. Aujourd’hui, nous reposer. Arrivés dans la nuit. Nous partir demain matin. Ça va à vous ?

– C’est parfait. » répondit Lorcas pour deux.

Balram aurait préférer partir maintenant, mais il ne saurait l’imposer à ces personnes qui déjà les acceptaient dans leur caravane. Après tout, il n’était pas à une journée près.

L’homme retourna vers la vieille femme qui les avait accueillis et lui parla brièvement. Elle sembla très satisfaite et soulagée. C’était étonnant devoir comment certaines personnes semblaient s’attacher vite aux gens. Elle ne connaissait même pas leurs noms et pourtant elle les avait recueillis sous son toit sans rien leur demander en échange et maintenant elle s’était arrangée pour les introduire dans cette caravane car elle craignait pour eux s’ils partaient seuls. Cette petite mamie était décidément un phénomène à elle toute seule.

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